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« Aux héros de l’Armée d’Afrique Noire »

Au cours de la cérémonie du 11 novembre à Jardin, un hommage particulier a été donné aux combattants d'Afrique tombés durant les combats de la grande guerre.




Cette commémoration était chargée d'émotion partagée avec les jardinoises et jardinois en présence du Consul Général du Sénégal Monsieur Alioun Diop. Venu spécialement pour cet événement il a conclu le discours de Thierry Quintard, Maire de Jardin, par un témoignage personnel que chacun aura pu apprécier.

Discours du 11 novembre 2019


« Aux héros de l’Armée d’Afrique Noire », c’est le nom du monument inauguré il y a un an à Reims par le président MACRON et le président du Mali, Ibrahim KEÏTA. Réalisé en 1924 par la ville de Reims pour honorer les combattants d’Afrique noire ayant brillamment défendu la ville à l’été 1918, ce monument fut détruit par les nazis en 1940, puis reconstruit en 2013 en s’inspirant du monument jumeau originel, toujours en place à Bamako. A cette occasion le président de la République a souhaité que les communes françaises prennent des initiatives pour honorer les soldats d’Afrique venus défendre la France lors de la 1ère guerre mondiale.

J’ai souhaité répondre ici à cet appel au travers de la présente cérémonie en présence de Monsieur le Représentant du Consulat du Sénégal à LYON que je remercie chaleureusement de sa présence.

LES FAITS

Les « tirailleurs sénégalais » ne provenaient pas seulement du Sénégal mais de toute l’Afrique occidentale. Leur recrutement fut souvent problématique. Une part importante fut volontaire mais les plus nombreux furent enrôlés de force, arrachés de leur village et de leur famille dans des conditions souvent dramatiques. Des révoltes éclatèrent en pays Bambara et dans la vallée de la Volta. Finalement 134 000 combattirent en France, sur tous les fronts, en Champagne, en Picardie et à Verdun, notamment. Leur comportement militaire fut exemplaire, salué par toutes les autorités militaires et politiques et aussi par la presse qui souligna leur courage, leur loyauté et leur civilité. Cette guerre terrible fut hélas une « boucherie » pour tous. Au Chemin des Dames les 15 000 tirailleurs perdirent plus de 4 000 d'entre eux mais cette affreuse bataille mal engagée coûta la vie aussi à plus de 100 000 métropolitains. Le roman de David DIOP « frère d’âme », prix Goncourt des Lycéens, a montré toute l’horreur de ces combats de la Première Guerre Mondiale.

CAMARADERIE

Mais dans les tranchées noirs et blancs combattaient côté à côté, subissaient les mêmes violences, affrontaient les mêmes terreurs. Lorsqu’ils étaient à l’arrière ils partageaient les mêmes éclats de rires, étaient cantonnés dans les mêmes villages, observaient les mêmes filles. Cette camaraderie, cette fraternité d’armes, cette solidarité n’étaient rendues possibles que parce que les Noirs étaient enfin traités en véritables égaux, comme ce fut le cas aussi avec les combattants d’Afrique du Nord

POPULATION CIVILE

Avec la population civile se produisit le même phénomène de cordialité. Tous les tirailleurs sénégalais interrogés confirment avoir eu la surprise de rencontrer des Français très différents de ceux des colonies, beaucoup plus respectueux et amicaux. Pour la population de la Métropole, la surprise initiale de la couleur de peau passée, c’était pareil. Elle qui était abreuvée d’images grotesques de sauvages surgis de la jungle, découvre des jeunes gens souriants, polis, attachants. Leur popularité ne s’est jamais démentie. Il en fut de même avec les troupes noires américaines qui vivaient un enfer ségrégationniste au sein de leur propre armée. Celle-ci les avait rejetés et ils n’eurent le droit de combattre que sous uniforme et commandement français. Selon l’ouvrage magnifique de Thomas SAINTOURENS « Les Poilus de Harlem «, ces soldats disent : « les Français sont wonderful, wonderful, ici, c’est l’opposé de l’Amérique, ils n’ont aucune considération raciale «. L’un d’eux écrira même à sa mère : « Ils nous traitent si bien qu’il faut que je me regarde dans un miroir pour me souvenir que je suis un Noir ». Tout ne fut cependant pas idyllique, il y eu des attitudes vexatoires mais les actes racistes n’étaient pas tolérés. C’est pourquoi les Africains, y compris ceux d’aujourd’hui, ont beaucoup de respect pour le peuple français qu’il considère comme un peuple frère. Ils n’ont, par contre, par le même sentiment pour l’Administration et les Autorités Françaises qui les ont au mieux oubliés au pire traités de manière incorrecte, d’où leur amertume, voire leur colère.

LE CAS DU SOLDAT Abdoulaye N DIAYE, dernier tirailleur sénégalais de la Grande Guerre, est emblématique. Il avait été engagé dès le début, blessé en Belgique en août 1914, envoyé dans l’expédition des Dardanelles en 1915 puis sur la Somme en 1916 où il avait été blessé d’une balle dans la tête et il avait terminé la guerre à Verdun en 1918. Autrement dit rien ne lui avait été épargné. Pourtant rentré dans son village aux environs de Dakar, on lui avait dit de retourner travailler au champ comme si rien ne s’était passé, il n’a appris qu’en 1949, par des tirailleurs sénégalais de la 2ème guerre mondiale, qu’il avait droit à des pensions. Il les toucha peu de temps car en 1961 le gouvernement français les bloqua compte tenu de l’indépendance du pays. Elles s’élevaient au moment de sa mort à 340 francs français soit 52 euros. Agé de 104 ans Abdoulaye N DIAYE est décédé le 10 novembre 1998, la veille de la cérémonie où on devait lui remettre, enfin, la légion d’honneur. L’action remarquable des associations d’Anciens Combattants français en faveur de leurs camarades africains ne suffirent guère à améliorer leur sort. Certes, les troupes de l’Empire, Afrique du nord, Afrique noire, Madagascar, Indochine défilèrent sur les Champs Elysées le 14 juillet 1919 pour la grande parade alliée sous les ovations des Parisiens et le président DOUMERGUE décora 4 régiments de tirailleurs de la plus haute distinction militaire, la croix de guerre. Un monument fut donc érigé pour eux à Reims et à Bamako. Mais ils retrouvèrent vite là-bas en Afrique leur absence de statut civil et le manque de considération, eux qui avaient montré par leur bravoure qu’ils étaient parmi les meilleurs, eux qui avaient contribué à sauver « la mère Patrie », paroles figurant sur la célèbre marche : le chant des Africains.

Sachons, dans nos rapports avec l’Afrique francophone, ne pas oublier ce qui nous rapproche et ce que nous avons vécu ensemble. (Voir les morts français dans les opérations extérieures conjointement avec plusieurs armées d’Afrique de l’Ouest) Cultivons la paix, l’amitié et la solidarité car les pays d’Afrique Noire, s’ils sont souverains et différents, ne seront jamais pour nous des pays étrangers. Sachons enfin tout simplement dire MERCI à ceux qui nous ont si magnifiquement aidés. Vive Jardin, vive le Sénégal et vive la France !

Thierry QUINTARD

Maire de JARDIN